Objectif

Suite à « la Cause des aînés 2 », colloque qui s’est tenu à Paris à l’Espace Reuilly en 2012, parrainé par Marisol Touraine, ministre des Affaires Sociales et de la Santé et Michèle Delaunay, ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie, ainsi que par la Mairie de Paris, un troisième volet s’imposait pour compléter et pousser encore plus loin nos précédents travaux.

Ce sixième colloque sur les âges de la vie intitulé : « Vivre ensemble, jeunes et vieux, aujourd’hui et demain » rassemble des spécialistes de la périnatalité, de l’enfance, de l’adolescence et de l’adulte à tous les âges de la vie. Tous de discipline différente ont été invités à réfléchir à la dimension éthique, politique et psychologique d’un vivre ensemble, jeunes et vieux, dans une société en pleine révolution de l’âge.

En effet, depuis l’aube de l’humanité, c’est la première fois qu’on vit si longtemps. Les chiffres sont là pour le confirmer : Les plus de 60 ans sont 15 millions aujourd’hui et seront 24 millions en 2060, autrement dit dans quinze ans 30 % de la population aura plus de 60 ans. Quant aux plus de 85 ans, ils seront quatre fois plus nombreux d’ici à 2050. C’est la première fois qu’on peut voir d’ores et déjà cinq générations se côtoyer, mais alors qu’autrefois les générations étaient mélangées, on assiste depuis la fin de la Seconde guerre mondiale à un cloisonnement des générations, avec la montée de l’individualisme et du narcissisme et le développement du consumérisme et des technologies modernes.

Cloisonner les cliniciens par spécialité de tranches d’âge empêche d’avoir une vue globale et dynamique d’un Sujet dont l’identité est en perpétuelle transformation, d’un Sujet qui n’évolue pas de manière linéaire, mais de métamorphoses en renaissances successives de l’aube au crépuscule de sa vie, sur fond de sentiment continu d’exister.

Ce sujet contemporain, on l’évalue dès son plus jeune âge à l’école pour tester ses capacités cognitives et tenter de l’enfermer dans un profil convenu, on évalue ses performances dans le cadre de son travail pour savoir s’il est rentable. A partir de l’âge de sa retraite et tout au long de sa vieillesse, on continue de l’évaluer pour savoir s’il est bon de le « maintenir » à domicile. Le voici formaté, hyper-médicalisé, pris dans les contraintes d’une normativité imposée. Le voici pris dans une injonction à « bien vieillir », obligé de coller aux étiquettes du comportementalement correct, dans les griffes d’une société mercantile dont les valeurs sont vitesse, productivité, rentabilité, qui se polarise sur l’avoir, laissant l’être sur le bas-côté.

N’est-il pas possible de se soucier à tous les âges de la vie d’un « prendre soin » qui n’évacue pas la dimension existentielle du développement psycho-affectif ? N’est-il pas possible à partir du départ à la retraite et quand on passe le seuil des 80, voire plus, de se relier aux autres sans pour autant perdre contact avec soi-même, avec sa vie propre ? Ne serait-il pas urgent de redéfinir une prévention qui ne passerait pas par une évaluation normative, mais par une sorte d’éducation à la Bientraitance, à l’Humanitude, à l’application d’une éthique partagée en concertation avec tous les acteurs concernés sur le terrain et les pouvoirs publics.

Fort de ce constat, ce colloque propose donc de mettre cette modernité au service du développement du Sujet contemporain, autrement dit qui vit avec son temps, jeune ou vieux, sans perdre pour autant son âme.

Les nouvelles technologies ont bouleversé le rapport à l’espace et au temps, mais aussi au corps et aux autres. Diabolisées par certains qui les accusent notamment d’avoir contribué au choc des générations et d’avoir engendré des addictions à l’écran, ces nouvelles technologies qui ont fait exploser nos repères nous ouvrent cependant des perspectives innovantes que nous ne pouvons ignorer.

Nous réfléchirons ici à leur bonne utilisation pour les plus de 65 ans. La communication digitale, l’utilisation de Skype™, des réseaux sociaux est évidente pour les « digital native ». Pour les baby-boomers de 60 ans, elle n’est pas inaccessible, mais pour les 70-80 ans et plus, qu’en est-il ? Comment leur présenter l’objet pour qu’il ne soit pas vécu comme une inquiétante étrangeté ? Comment utiliser tablettes, ordinateurs, portables tout en gardant une mobilité psychique propice à préserver la possibilité de relier réalité intérieure et réalité extérieure, autrement dit en préservant un espace psychique potentiel, lieu de la créativité et du jeu ?

Sans pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain, car nous avons bien conscience des effets délétères de l’isolement, nous pensons que la vie sociale, absolument indispensable à l’équilibre à tout âge, ne doit pas pour autant se faire complice d’une identité en faux self qui amène à vivre hors de soi. Il nous semble essentiel de cultiver en même temps une vie intérieure tout au long de sa vie, c’est même là que se situe la prévention. Au soir de l’existence, trop d’activisme ne vient-il pas alimenter un déni du vieillissement et par là-même faire avorter le travail du vieillir et plus tard celui du trépas si bien décrit par Michel de m’Uzan ?

L’intergénérationnel a le vent en poupe, de nombreuses associations travaillent à construire des dispositifs visant à rapprocher toutes les générations. Faire travailler les établissements scolaires avec des jeunes, des associations séniors, des clubs de retraités, des EHPAD, mais aussi avec toutes les structures de soins : hôpitaux, unités de soins palliatifs, tel est le défi relevé pour tenter d’insuffler une solidarité entre les générations. Quatre actions seront ici présentées. À partir de ces témoignages, nous travaillerons les questions de fond qui engagent l’humain si on veut dépasser le simple niveau symptomatique et comportemental en jeu dans « l’intergénéraction ». Ces rencontres intergénérationnelles sont sans aucun doute de véritables chevilles ouvrières pour construire un environnement social adéquat pour un vivre ensemble suffisamment harmonieux, à condition toutefois de bien préparer le terrain autant psychologique de chacun des acteurs qui y sont impliqués que le territoire qui va les accueillir.

À travers des approches psychanalytiques, psychologiques, sociologiques, philosophiques, médicales, mais aussi politiques et entrepreneuriales, nous tenterons d’approcher ce qui pourrait ressembler à un nouvel humanisme.


C’est à ce pari du Sujet auquel ce colloque vous invite, afin de porter un autre regard sur l’avancée en âge, pour faire tomber aussi bien le racisme anti-jeune que le racisme anti-vieux, pour lutter contre l’isolement à tous les âges, prendre soin des plus vulnérables : les bébés, les enfants, les personnes âgées, y compris celles qui sont touchées par des maladies neurodégénératives ou par un handicap. C’est ce pari du Sujet en devenir tout au long de sa vie à qui on doit pouvoir fournir des tuteurs de résilience garants d’une souplesse identitaire qui lui permette de dépasser les deuils, les pertes et les renoncements engendrés par le temps qui passe, d’un Sujet en allant-devenant, going on being, jusqu’à son dernier souffle pour bien vieillir ensemble aujourd’hui et demain.

Ce colloque s’adresse à tous les professionnels de la périnatalité, de l’enfance, de l’adolescence et de l'adulte jeune et vieux : Psychologues, psychanalystes, soignants, pédopsychiatres, gériatres, travailleurs sociaux, médecins, enseignants, étudiants, mais aussi cadres de santé, directeurs d’établissement et formations continues…

Puisse-t-il nous inciter à nous engager, non seulement dans une Cause des aînés, mais aussi dans la participation active à une société de tous les âges !

La Cause des aînés 3 - Accueil | Objectif | Programme | Intervenants | Inscription | Partenaires | Dans la presse | Infos pratiques | Contact | Mentions légales